UNE DIRECTIVE ANTI-GASPILLAGE ALIMENTAIRE

Une directive « anti-gaspillage alimentaire »

LE CONSTAT d’#EdP : UN ALIMENT SUR CINQ FINIT A LA POUBELLE EN EUROPE

Comme si une surface équivalente à la superficie totale de la Chine était destinée à produire une nourriture jamais consommée, on estime qu’un tiers des aliments destinés à la consommation humaine sont jetés à l’échelle de la planète (20% dans l’Union européenne).

chiffre gaspillage alimentaire ue

Chiffres du gaspillage alimentaire en Europe

1 Plus d’informations sur le site de l’observatoire des inégalités :
http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=1944

Un tel gâchis a de quoi choquer quand près d’un milliard de personnes dans le monde souffrent de la faim et que la crise de 2008 a créé 4 millions de pauvres supplémentaires en Europe1. L’addition est salée pour les consommateurs – selon l’ONG Wrap Up, il représente ainsi une perte de 500€ par an pour les ménages britanniques – et pour l’environnement.

2 Voir le lien sur le site de l’ADEME :
http://www.ademe.fr/etat-lieux-masses-gaspillages-alimentaires-gestion-differentes-etapes-chaine-alimentaire

Si l’on en croit les chiffres avancés par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)2, le gaspillage alimentaire équivaut à 3% des émissions de CO2 de la France, cinq fois plus que le trafic aérien intérieur.

gaspillage monde

Le gaspillage dans le monde

Alors, comment venir à bout du gaspillage alimentaire ? Rendons-nous d’abord compte qu’il s’agit d’un défi mondial, érigé en priorité par les Nations Unies : réduire drastiquement le gaspillage alimentaire, c’est faire face, à production constante, à l’augmentation de la population mondiale. Il s’agit ensuite de prendre ses distances avec les remèdes simplistes. Il faut reconnaître que le gaspillage alimentaire n’est pas que l’affaire du consommateur et concerne l’ensemble des maillons de la chaîne : du producteur au restaurateur, en passant par le distributeur.

3 Voir le lien sur le site Vie Publique :
http://www.vie-publique.fr/actualite/panorama/texte-discussion/proposition-loi-relative-lutte-contre-gaspillage-alimentaire.html
4 Voir à ce sujet les travaux de mon collègue belge au Parlement européen, Hugues Bayet (http://www.ps.be/Pagetype1/Actus/News/Don-des-Invendus-alimentaires-3-mesures-concretes.aspx?feed=News) et d’Arash Derambarsh (https://www.change.org/p/mettons-fin-au-g%C3%A2chis-alimentaire-en-europe-stopfoodwaste)

Cette notion de « co-responsabilité » est au cœur des politiques qui fonctionnent, au niveau local aux États-Unis ou, à un niveau plus central, au Japon et en France. Sous l’impulsion du député et ancien Ministre délégué à l’Agroalimentaire Guillaume Garot, une proposition de loi très ambitieuse, alliant pédagogie et objectifs contraignants, a été votée en France au début 20163. Elle pourrait servir d’inspiration à la Commission européenne4, qui s’est lancée, il y a quelques mois dans un Paquet « économie circulaire ». Maintes fois retardé, ce projet, dont les contours demeurent encore flous, semble privilégier un partage de bonnes pratiques dépourvu de force contraignante.

L’OBJECTIF d’#EdP : TRANSFORMER LES DENRÉES NON-CONSOMMÉES EN RESSOURCES

Il est pertinent de sensibiliser au gaspillage, via une meilleure information et la recherche d’une responsabilisation individuelle. L’ingéniosité de certains restaurateurs – qui proposent différentes tailles de plat ou des « doggy bags » à leurs clients – mérite d’être encouragée. Il en va de même pour les cantines « Zéro Gaspil ». De toute évidence, la lutte contre le gaspillage alimentaire passe par la prévention : cela semble anodin mais beaucoup ne saisissent pas la différence entre les mentions « à consommer jusqu’au » et « à consommer de préférence avant ». Toutefois, force est de reconnaître qu’une partie du gaspillage effectué par les restaurateurs ou les ménages est incompressible car intimement rattachée à un certain nombre de normes sociales ou hygiéniques, qu’il semble difficile de remettre en cause.

C’est à ce moment-là, en second recours, qu’il s’agit d’œuvrer à la transformation des denrées non-consommées – notamment les invendus alimentaires des supermarchés – en ressources. Le ciblage sur la grande distribution est juste car elle est située en amont de la chaîne et qu’elle dispose des moyens logistiques de procéder au transfert des denrées. Conformément au cycle hiérarchique de la lutte anti-gaspillage (voir schéma ci-dessous), ces invendus doivent être destinés prioritairement aux associations de lutte contre la faim et autres soupes populaires, dont beaucoup manquent de dons alimentaires. À défaut, si leur état de péremption ne permet pas une consommation humaine, les denrées non-consommées peuvent toujours servir à l’alimentation animale ou aux cultures maraîchères (compost).

LA PROPOSITION d’#EdP : UNE DIRECTIVE « ANTI-GASPI »

La hiérarchie de la lutte anti-gaspillage

La hiérarchie de la lutte anti-gaspillage

Au-delà du simple partage de bonnes pratiques, l’Union européenne peut s’engager sur la voie d’une ambitieuse directive « anti-gaspillage alimentaire », qui rendrait atteignable le cap fixé par les Nations Unies le Parlement européen en 2012 : diminuer de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025. Une telle directive combinerait trois types de dispositifs : des indicateurs communs de mesure du gaspillage, des outils de financement pour les actions « anti-gaspi », des objectifs de redistribution des invendus alimentaires. De cette manière, l’Union européenne, en fixant des standards élevés, contribuerait à donner une impulsion internationale à ce combat majeur.

  • DES INDICATEURS COMMUNS, inspirés de ceux utilisés par les États de l’Union les plus performants en la matière. À ce jour, les outils européens de mesure du gaspillage sont disparates. À ce titre, ils ne permettent de prendre la pleine mesure du phénomène et de définir les actions prioritaires.
  • UN OUTIL DE FINANCEMENT. Via le programme européen Life pour la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique – doté d’un portefeuille de 3.4 milliards d’euros pour la période 2014-2020 – les projets de prévention du gaspillage alimentaire pour les ménages ou la restauration collective peuvent être davantage financés. De la même manière, les initiatives innovantes qui foisonnent en Europe méritent d’être promues et encouragées.
  • DES OBJECTIFS CONTRAIGNANTS DE REDISTRIBUTION DES INVENDUS. À l’image des dispositions introduites par la loi française : rendre obligatoire, pour les supermarchés de plus de 400 mètres carrés, la signature de conventions avec des associations de lutte contre la faim pour la redistribution de leurs invendus alimentaires.
  • Gerard SURET

    Je suis de moins en moins convaincu que les « bonnes pratiques » peuvent se passer de contrainte. En allant de l’industrie pharmaceutique, riche et qui a les moyens de simuler, jusqu’aux entreprises du bâtiment qui utilisent tous les artifices pour sous-payer leur main d’œuvre, en passant par l’automobile qui recoure sans vergogne à une petite dizaine de niveau de sous traitance pour contourner les certifications qualité.

    Un tableau de bord du gaspillage ne fait que le constater sans que des actions directes soient liées à ses résultats et surtout à ses causes, la production intensive et la croissance qui est supposée l’accompagner. Pas de systémique ni de cybernétique en vue.
    Financer, toujours financer : sans contrainte, un principe pollueur-payeur n’a aucune chance de mieux fonctionner que la lutte contre le changement climatique. Et on finit toujours par se tourner vers les imposables pour «fournir» des efforts aux deux bouts de la chaîne (subventions et tri sélectif);
    La redistribution des produits alimentaires augmente encore leur bilan carbone et surtout on imagine mal comment elle peut contribuer à résoudre le problème de la malnutrition et de la faim dans le monde.

    Notre culture ne nous laisse pas beaucoup d’ouvertures et le socialisme peut et doit être moins timide, quitte à parsemer ses solutions pragmatiques de quelques utopies. Je ne suis pas sûr que votre crédibilité y perdrait si elles étaient bien expliquées. Par exemple marteler, à coté de « solutions raisonnables » que l’alimentation est un droit.

    Merci pour vos comptes rendus de mandat qui vous font honneur.