Un conservatoire européen du littoral

De la terre à la mer : un conservatoire européen du littoral

Contexte

Delta du Danube, rias de Galice, lochs écossais, côtes rocheuses cristallines d’Irlande, falaises calcaires de Douvres, dunes des Flandres où côte bretonne de granit rose… La géographie européenne déploie une infinie variété de littoraux. 23 des 28 pays de l’Union européenne possèdent une façade maritime, sans compter les nombreuses régions lacustres du territoire.

Le littoral européen constitue un patrimoine naturel immense –souvent classé–, mais également un atout économique et une source d’attractivité considérable. Toutefois ces espaces, sous la pression des phénomènes de littoralisation et de changement climatique, subissent plusieurs menaces : érosion, diminution de la biodiversité, inondation des zones humides, perte irréversible de couvert végétal, pollution urbaine et industrielle.

1 Recommandation 2002/413/CE de la Commission européenne
Chaque État dispose d’une politique différente du littoral, adaptée à son territoire. Mais des risques globaux pèsent sur ces zones d’interface, et les moyens alloués varient encore beaucoup. L’Union européenne promeut depuis 20021 une gouvernance basée sur ce que l’on appelle la GIZC : Gestion Intégrée des Zones Côtières ; à laquelle participent tous les acteurs du littoral, et qui encourage une « quadrature du cercle » entre les objectifs toujours valables de la Charte européenne du littoral de 1980 : la promotion et le développement régional littoral, pourvoyeur d’emplois et de revenus ; et la protection des zones côtières et l’anticipation des risques qui pèsent sur elles.

2 En particulier, le Conservatoire national du littoral et des rivages lacustres en France. Il possède en 2015 plus de 700 sites, soit 13% des côtes françaises, et son objectif est la réalisation du « tiers naturel » : au moins 1/3 des côtes préservées de l’artificialisation et des risques de la littoralisation d’ici 2020.
Le soutien à ces politiques de préservation et de développement des littoraux, au niveau européen, est enfoui dans les grands programmes de la politique régionale et des fonds structurels qui appuient les projets dans les États. Il conviendrait de les réunir et de les mettre au service d’un grand acteur européen de coordination, d’appui et de financement dédié au littoral. Son action viserait en particulier à permettre à la Gestion Intégrée des Zones Côtières de s’exercer à partir de l’acquisition foncière. En effet, les exemples nationaux2 montrent que l’acquisition du linéaire côtier, tout en permettant les gestions publiques ou publiques-privées les plus variées, garantit le caractère durable et global des projets. Elle constitue en outre la meilleure manière de lutter contre l’artificialisation des sols.

Les chiffres du littoral européen

  • 150 000 km de côtes, où vivent 72 millions d’habitants en 2011 (une population littorale qui a doublé depuis 50 ans et qui est en constante augmentation)

  • 6 façades maritimes (Méditerranée, Atlantique, mer du Nord, Océan Arctique, mer Baltique, mer Noire)

  • De nombreux pays dont le littoral constitue le principal espace de vie et d’activité (comme la Grèce : 72% du territoire grec, 86% de la population, 81% de l’emploi manufacturier et 90% de la consommation d’énergie).

  • Le phénomène de littoralisation est mondial : 50% des habitants de la planète vivent en zone côtière, ils seront 75% en 2035. L’Union européenne doit être en pointe dans la gestion de ces territoires et leurs écosystèmes.

  • Trois types de pressions s’exercent sur le littoral européen : le tourisme, l’artificialisation des sols, et les risques climatiques.

    1. Tourisme : L’Europe représente plus de la moitié des arrivées touristiques mondiales et 41 % des recettes, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Le tourisme côtier et maritime est l’activité maritime la plus importante d’Europe ; il emploie près de 3,2 millions de personnes, génère un total de 183 milliards d’euros en valeur ajoutée brute et représente plus d’un tiers de l’économie maritime. Cependant, cette attractivité engendre une pression extrêmement forte pour les écosystèmes, une artificialisation accrue des sols et des risques de pollution. 30% du tourisme mondial est capté vers les seules côtes méditerranéennes.

    2. Artificialisation : l’héliotropisme* et le tourisme ont conduit à une forte croissance de l’artificialisation des sols. La part de sols construits dans la bande de 10km au rivage, augmente environ 30 à 40% plus vite que celle des terrains non-littoraux. En Méditerranée, près de 50% des côtes sont artificialisées.

    3. Risques climatiques : 1/5ème du littoral européen est confronté à des risques d’érosion : le littoral danois, le delta du Pô en Italie, la côte des Landes en France. Cette menace pèse sur 55% des côtes polonaises et près de 30% des côtes portugaises et grecques. Le recul du trait de côte peut aller jusqu’à 2 mètres par an. En outre, d’ici à 2100, on estime que l’élévation du niveau de la mer sera de 15 à 95 cm, ce qui pourrait porter cette menace d’érosion, et de submersion, beaucoup plus haute qu’elle ne l’est actuellement.

La proposition EdP : le Conservatoire européen du littoral, guichet unique et lieu de coopération et de recherche

L’objectif de cette proposition est de regrouper l’ensemble des actions et des moyens pour la préservation et le développement du littoral européen ; ainsi que de favoriser les synergies des diverses méthodes d’intervention publique dans les projets côtiers. La poursuite de cet objectif appelle :
  • Un regroupement des crédits européens alloués au littoral

  • Un soutien financier et technique pour l’acquisition foncière de zones littorales par les acteurs publics nationaux et locaux.

  • Une expertise technique européenne

  • Un espace qui délivre une offre de recherche et de formation sur le littoral

La proposition d’EdP est un Conservatoire européen du littoral.

Ses caractéristiques :
  • Le statut d’agence européenne.

  • Un financement : par le budget communautaire, en rapatriant les différents crédits alloués au littoral et éparpillés dans les fonds structurels ; par une taxe sur les transactions du marché européen des émissions de CO2, car les prix sur le marché des émissions sont actuellement si bas qu’ils ne dissuadent pas l’émission de gaz carbonique et participent donc au réchauffement climatique qui est l’une des principale menace pesant sur le littoral ; enfin, pour les projets qui feront l’objet d’une exploitation commerciale viable (sites touristiques), en les rendant éligibles au nouveau fonds d’investissement du Plan Juncker (Fonds européen d’investissements stratégiques).

  • Un contrat de mission qui nécessite l’établissement d’une véritable Stratégie européenne pour le littorale. Les recommandations de la Commissions sont déjà datées, et les livres verts, livres bleus ou stratégies actuelles portent sur la mer, la sécurité maritime, la pêche, mais il est temps que la Commission se saisisse de la question à travers une approche globale, systémique, qui soit en cohérence avec la Gestion intégrée des zones côtières qu’elle promeut.

  • Une méthode d’intervention : en co-financement, même à très basse proportion, pour permettre le déblocage de fonds par les autorités publiques nationales et locales qui achètent les terrains ; et associé à une conditionnalité sociale et environnementale.
  • Masc Aurèle

    Même problème de vote que Pour un règlement « Acheter européen » : le bouton de vote ne fonctionnait pas, j’ai appuyé plusieurs fois pour que ça marche et ça a a voté autre chose que ce que souhaitais faire initialement :/

  • Virginie DV

    Littoral Breton: SAUVONS LA BAIE DE LANNION !!!

    Parlons aussi de la bêtise humaine qui saccage notre littoral malgré l’avis quasi unanime des populations, des communes concernées… et des élus locaux (puisque l’avis du bas peuple ne compte pas aux yeux de certains…)!

    Une petite dune sous-marine de sable coquillier convoitée par un gros groupe d’agrofournitures et agrochimie, qui veut en faire des engrais pour l’agriculture intensive en pompant environ 3,7 millions de m3 de sable.
    Cette dune est encastrée entre deux zones Natura 2000, dont celle de la Réserve Naturelle Nationale des Sept Îles (qui est aussi Zone de Protection Spéciale, cf directive Européenne 79/409/CEE), qui abrite des colonies d’oiseaux de mer : fous de Bassan, cormorans, macareux, pingouins Torda, guillemots de Troïl, et aussi des phoques gris.

    Cette dune est essentielle à l’écosystème de la région: elle abrite et permet le développement des lançons, petits poissons qui sont la base de la nourriture des oiseaux marins, et aussi de gros poissons qui font vivre nos pêcheurs et que l’on apprécie dans nos assiettes sans risquer le dépeuplement des océans: lieu jaune, bar, barbue, turbot…
    Cette zone est essentielle non seulement pour la faune et la flore locale, mais aussi pour l’économie et l’emploi locaux: pour les pêcheurs et les caseyeurs, pour le mytiliculteur bio installé dans la baie, pour tous les emplois indirects, et aussi pour les pêcheurs plaisanciers, les plongeurs… Pour nos enfants, pour nous!

    Et cette dune sous-marine et tout l’écosystème seraient saccagés pour une histoire de gros sous?

    Quelle honte pour le pays organisateur de la Cop21!
    Quelle honte pour l’Europe, qui d’un côté interdit l’extraction de maërl afin d’éviter la destruction d’habitats marins, et de l’autre autorise le pillage des sables coquilliers, qui sont aussi des habitats marins importants!
    Honte à nos soi-disant représentants qui prennent leurs décisions du haut de leurs tours d’ivoire, au profit de leurs amis les gros entrepreneurs, sans le moindre bon sens et au mépris cynique le plus complet de la plèbe qui tente de se faire entendre.

    Protégeons TOUT notre littoral!

  • Alain38

    Bonjour,
    pour ma part, un « conservatoire européen du littoral » ne me semble pas être une « mesure-phare ». Pour moi, ce n’est pas en « sanctuarisant » des portions de littoral qu’on traitera les problèmes que vous soulevez. D’autant que la problématique de la gestion du littoral est très différente entre chacun des pays. Par contre une « loi littoral » européenne, définissant clairement des objectifs de gestion de cet environnement particulier, pourrait être intéressant. Surtout s’il s’accompagne d’une agence européenne du littoral, en charge de la faire respecter et ayant des capacités de sanctions contre les états ne la respectant pas.